Les effets de l’environnement sur nos gènes

Transmission des effets de nos traumatismes positifs ou négatifs à nos descendants

Nos expériences, notre environnement peuvent modifier l’activité des gènes, impacter notre physiologie… et être transmis à nos enfants.

Notre cerveau est constitué de milliards de cellules neuronales et chaque cellule contient notre bagage génétique.

Nos comportements sont contrôlez par le cerveau.

Chaque cellule est dotée d’un noyau contenant 23 paires de chromosomes. Ceux-ci  sont constitués de filaments d’ADN constitués de séquences de nucléotides qui détermine le gène. Nous disposons d’environ 20 à 25 000 gènes qui déterminent nos caractères innés ; C’est notre bagage génétique, héritage de nos deux parents.

Si l’inné nous caractérise, nous sommes malgré cela, bien plus que nos gènes.

La transmission des caractères acquis
Jean-Baptiste De LAMARCK – Naturaliste 1744 – 1829

Les acquis par l’hérédité, nos expériences, les environnements auxquels nous sommes confrontés, complètent la définition de notre identité et aussi de notre état de santé, notre longévité, notre sensibilité aux maladies, nos comportements etc.

L’épigénétique, un domaine de la biologie, trouve ses bases auprès Jean-Baptiste LAMARCK, naturaliste du 19ème siècle qui présente une théorie selon laquelle les espèces se transformes pour mieux s’adapter à leur environnement et se caractérise selon deux règles.

  • La règle d’usage et du non-usage: un besoin permet de créer un organe qui lui est nécessaire et l’usage engendre la fortification et l’accroissement de l’organe. Cependant, le manque d’usage provoque la disparition de l’organe en question.
  • La règle de l’hérédité des caractères acquis : le caractère crée sous l’influence du milieu est transmis à la génération suivante.

 

Dés notre enfance jusqu’à l’adolescence, nos expériences, certaines circonstances positives ou négatives, l’environnement, ont un impact sur nos cellules et peuvent les affecter ; puisque notre corps est en formation et nos cellules sont extrêmement sensibles à l’environnement.  Certains agents extérieurs tels que l’alimentation, les médicaments, les pollutions, l’alcool, le tabac et bien d’autres affectent tout au long de notre vie, les cellules de notre cerveau, de notre cœur et les cellules germinales (cellules reproductrices). Cette influence se prolonge tout au long de notre vie…

Nous savons que nos gènes (l’inné) sont transmis à travers les générations, et aujourd’hui, nous sommes en mesure de prétendre que nos acquis peuvent être transmis.

Si vous aviez  vécu un traumatisme et que celui-ci ait eu des effets évidents sur votre personnalité, votre comportement, votre sensibilité aux maladies ou bien qu’il vous ait mis dans un état de stress ou de dépression, ces acquis pourraient être transmis aux générations suivantes.

La transmission intergénérationnelle se fera si les cellules germinales (reproductrices) sont affectées.

Toutes les cellules sont pourvues d’un bagage génétique.  Certaines d’entre elles dont les cellules reproductrices, ont un bagage supplémentaire ‘’épigénétique’’ représenté par une série de marques biochimiques formés sur l’ADN ou à proximité, qui le modifient et indiquent si les gènes sont exprimés ou réprimés. L’expression génétique peut aussi être surexprimé (synthèse importante) ou partiellement réprimé (synthèse très faible). Mais, sans les marques épigénétiques, les gènes seront totalement inactifs, éteints.

1-   MÉCANISMES ÉPIGÉNÉTIQUES ; Les trois marques les plus importantes :

a.       La méthylation de l’ADN ; Résidus méthyles qui se fixent sur l’ADN, à des endroits très précis.

b.      Modification des protéines histones au niveau des extensions constituées d’acides aminés

c.       Les ARN non-codants qui se forment à proximité de l’ADN, et peuvent le contrôler, le régler.

¹Les expériences menées en épigénétique, permettent de conclure que les marques épigénétiques peuvent être modifiées par l’environnement, qu’elles sont responsables de phénotypes comportementaux (Dépression, stress…) et qu’elles peuvent garder en mémoire une expérience de vie à effets négatifs ou positifs et les transmettre aux générations suivantes.

2-   Objet de l’expérience :

Le recours à un modèle expérimental de laboratoire, est incontournable car l’expérience sur l’humain semble impossible dans le temps et pour certains autres facteurs.  Par contre, la souris est un excellent modèle pour plusieurs raisons : sélection de l’homogénéité génétique (souches de souris porteuses de gènes absolument identiques) pour permettre d’étudier les différences de marques épigénétiques ; On peut obtenir plusieurs générations de souris en très peu de temps ; On peut aussi exposer les souris à un environnement particulier ou une expérience spécifique de façon contrôlée et reproductive.

         –         Protocole sur la question des traumatismes précoces:

Une manipulation traumatique émotionnelle et physique à été effectuée sur un groupe de souris femelles et leurs souriceaux : Une séparation maternelle imprévisible et quotidienne, couplée à du stress maternel imprévisible, engendre un traumatisme chez les souriceaux. Les conséquences sur le comportement, le métabolisme et sur les fonctions générales, sont observées sur les générations suivantes.

                   Test :

–          En partant d’une première génération de femelles et leurs petits, un premier groupe de contrôle n’est soumis à aucun stress ni traumatisme.

–          Durant les deux premières semaines, un second  groupe est soumis au traumatisme émotionnel.

–          La troisième semaine (équivalence de l’adolescence chez l’homme) les souriceaux sont maintenus avec leur mère sans manipulation et sont sevrés, les petits mâles séparés des petites femelles jusqu’à ce qu’ils soient adultes – 2 mois et demi à trois mois.

–           Leur comportement sera testé à ce terme.

–          Ensuite, un premier croisement  est effectué entre les petits mâles de la première génération  et des femelles non traumatisées, non stressées et qui n’ont jamais été en gestation.

–          On testera alors le comportement des progénitures

–          A la deuxième et troisième  génération, l’opération  sera répétée.

                    Résultat :

o   Le résultat sera identique si le souriceau, arrière petit-enfant, est séparé du mâle traumatisé et aussi, élevé par une autre femelle sauvage, non traumatisée.

o   Le constat est éloquent, ils sont aussi dépressifs que leur grand-père, leur arrière-grand-père.

o   Cela indique qu’il y a bien une transmission du stress, du traumatisme.

         Le test aura été fait tant sur les générations de patri-line (mâles) que sur les générations matri-line (femelles) et aura donné les mêmes résultats.

3-   L’homme et son comportement :

En psychiatrie clinique, il est avéré qu’un enfant étant confronté à des traumatismes ; accidents, violences, maltraitance, abandon, humiliation (Empêcher  le développement psychique normal, de l’enfant par les parents),  dés son plus jeune âge,  peut révéler un profil de dépression, une schizophrénie, des troubles du comportement, un suicide, un comportement  anti-social… Et que ces maladies sont transmises de générations en générations.

Le gène de la dépression, le gène de la schizophrénie, jusqu’aujourd’hui, n’ont pas été repérés parce que ces maladies sont dues essentiellement à des expositions environnementales qui déclenchent des mécanismes épigénétiques.

4-   De nombreuses études renforcent les résultats de ces expériences :

Des descendants d’enfants conçus ou ayant vécu pendant des périodes de grandes famines au cours de la deuxième guerre mondiale, s’avèrent être sujet à des maladies cardio-vasculaires, de diabète, d’obésité, sur plusieurs générations.

  • Des personnes ayant été exposées aux pesticides (perturbateurs endocriniens) transmettent ces effets néfastes et les conséquences sur plusieurs générations.
  • Les plastiques alimentaires (contenant du bisphénol-A) engendrent des effets tout aussi néfastes et sont transmis sur des générations.

Des réponses pourront être apportées dans différents domaines tels que la psychiatrie, le métabolisme, les cancers (dus aux traitements environnementaux) et permettront le développement de diagnostiques ou d’approches thérapeutiques.

5-   La responsabilité de la transmission d’effets du traumatisme sur des générations.

Même si les marques épigénétiques peuvent être modifiées par l’environnement, il faudrait être capable de reproduire ces altérations pour faire la preuve qu’elles sont responsables de la transmission d’effets du traumatisme sur des générations.

Or, pour la méthylation de l’ADN, techniquement, ce n’est pas possible (de nos jours), parce que dans ce cas, la méthylation est trop abondante à certains endroits et absente à d’autres.

Par contre, Nous avons reproduit un excès d’ARN dans un embryon

                 Test :

–          Dans un premier temps, nous avons extrait  les ARN de cellules de spermatozoïdes de mâles traumatisés.

–          Ces ARN ont été injectés dans des ovules-contrôles (non traumatisés), fertilisés par des spermatozoïdes-contrôles – L’embryon obtenu, contient désormais, les ARN de cellules de spermatozoïdes de mâles traumatisés.

–          Ces ovules sont transférés dans des femelles pseudo prégnantes (préparées hormonalement)

–          Dés que les souriceaux deviennent adultes, leur comportement est testé.

                  Résultat :

o   Nous observons que ces souriceaux sont aussi dépressifs que les mâles desquels nous avons extrait l’ARN ainsi que leurs progénitures.

o   Ce qui atteste que l’ARN des cellules germinales est un médiateur de la transmission des effets du traumatisme

6-   Définitions

La génétique : Un sous domaine de la biologie, c’est la science qui étudie la transmission des caractères héréditaires, les gènes et l’ADN, supports de cette hérédité.
L’épigènètique : L’étude des changements dans l’activité des gènes. C’est un domaine émergent de la biologie. Il est révolutionnaire par son concept fondé sur des plans expérimentaux précis, détaillés et étalés dans le temps (travail sur des générations).

Sources : ¹Isabelle MANSUY – Professeur en neuro-épigénétique à l’Université de Zürich et à l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich

 Page 2: DES CELLULES INTELLIGENTES  
1 Comment

One Reply to “Les effets de l’environnement sur nos gènes”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *